Paul III de Montréal

Critique
David Reyes

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Les humains requièrent un système de valeurs leur permettant de se mesurer les uns aux autres. Au début, la force physique et les aptitudes au combat déterminaient les dirigeants. Puis, un petit groupe prit le contrôle décida qu’ils étaient les patrons ainsi que le seraient leurs descendants; le sang bleu et l’éducation nous apportèrent l’aristocratie. Des révolutions les ont démis de leurs pouvoirs et la bourgeoisie, avec son argent, atteignit le sommet. Pour mieux contrôler la population, ils utilisèrent des personnages charismatiques qu’ils dirigeaient en arrière plan. Par la suite, l’industrie desmédias a dominé la vie de chacun. La popularité des acteurs et des chanteurs décrétait qui était celui ou celle le plus apte à gouverner. L’humanité devint assoiffée pour une méthode objective de trier les individus et d’établir qui serait le responsable du bien commun. C’est alors qu’arriva le Jeu.

Basé sur une version tridimensionnelle des échecs, il se développa au point de devenir le passe-temps de la planète alors que l’abondance régnait et que le travail était devenu facultatif. Ses meilleurs joueurs devinrent les héros et son système de mesure de la performance, la cote, le reflet du statut social. Une révolution, qui ne versa pas une goutte de sang, installa le champion du monde sur le trône. Le plus grand d’entre eux, Paul II, demeura en poste pendant vingt ans, jusqu’à ce qu’il perde et se suicide après avoir été abandonné par son entourage. Le Jeu est un outil. Le Jeu est une mesure de sa place dans le monde. Le Jeu est tout sauf un jeu.

Une fois de plus dans l’histoire, les malaises sociaux débutent. Les joueurs de faible talent commencent à remettre en question la présence absolue du Jeu dans leur vie. Les Princes et les Grands-Maîtres se complaisent-ils au dépend de tous ? Des mouvements secrets sont fondés. Le phénomène en est toujours dans ses tout débuts et peu se doute de leur existence. De toute façon, nous ne les voyons pas beaucoup dans le roman. Quatre-vingt-dix ans après sa création, et soixante-trois après avoir conquis le monde, le Jeu a besoin d’un nouveau héros. Quelqu’un qui renouvellera la foi dans
cette structure sociale et ses institutions.

C’est l’histoire de Paul Hébert, un jeune homme au grand talent, sinon génie, et de son cheminement. Dissimulé par le Parti Orthodoxe, il s’exerce dans le secret afin qu’il puisse être utilisé telle une bombe lorsque les circonstances seront propices. Des fuites provoquent le déclenchement des opérations plus tôt que prévu et Paul doit se révéler au grand jour. Est-il prêt ? Jusqu’où le parti est-il disposé à se rendre afin d’assurer son succès ? Sera-t-il une arionnette ou une lumière nouvelle et indépendante ?

Son nom et son style de jeu rappellent Paul II, l’homme en l’honneur duquel il a été nommé. Les anciens amis de ce grand champion se réunissent autour de du nouvel arrivé. Est-ce un moyen de goûter de nouveau au pouvoir, ou est-ce le retour d’une époque dorée ? Est-il à la tête du mouvement nihiliste ? Son épouse, une des meilleures joueuses, fait-elle partie des groupes féministes ? Alors qu’il se bat, tournoi après tournoi, le garçon devient un homme. Un sentiment étrange l’envahit, mais il ne peut pas l’identifier. Cette sensation se développe et se précise jusqu’à ce qu’elle se transforme en une détermination farouche.